Il nous a semblé important de reproduire cet article du journal le Monde qui annonce l'arrivée de Jean-Pierre Dubois à la tête de la LDH. Ses premieres déclarations seront sans doute l'occasion de protestations. De nombreux militants ont déjà quitté la LDH, l'exode ne devrait pas se tarir.

Le nouveau président de la Ligue des droits de l'homme dénonce la "surdité" du gouvernement

Après cinq années intenses et "riches" , passées à la tête de la Ligue des droits de l'homme (LDH), Michel Tubiana, "fatigué", passe le relais. Elu à l'occasion du 83e congrès de l'association qui se tenait à Lille, du vendredi 3 au dimanche 5 juin, Jean-Pierre Dubois lui succède.

M. Dubois, 53 ans, n'est pas avocat, comme son prédécesseur. Mais il fait partie de la longue lignée des juristes ayant accédé à la présidence de la Ligue. Professeur de droit constitutionnel à l'université Paris-XI, à Sceaux (Hauts-de-Seine), il a adhéré en 1985, avant d'accéder à la vice-présidence de l'association en 1998.

Sept jours après le rejet du traité constitutionnel européen, M. Dubois, qui ne cache pas avoir voté non, s'est inquiété, dans son discours d'investiture, dimanche, de la "crise sociale" qui est, selon lui, "très grave" . "Les Français ont peur du présent et de l'avenir, a-t-il poursuivi. La classe dirigeante, le gouvernement ne semblent pas en prendre la mesure. Leur surdité est franchement inquiétante."

"RÉGRESSION SEXISTE"

M. Dubois entend donc faire de la lutte pour les droits sociaux un des axes prioritaires de travail pour la Ligue. "Face aux inégalités, à la précarité, il faut construire un nouveau code du travail garantissant à tous des droits minimums. Et là, la Ligue a toute légitimité à intervenir auprès des syndicats", a-t-il expliqué.

Le deuxième axe de travail de M. Dubois sera la défense du droit des femmes, "parce que -celles-ci- n'ont plus la notion du combat collectif d'il y a trente ans" . "Le combat pour l'égalité n'est pas encore gagné. La société est aujourd'hui guettée par une certaine régression sexiste. Il faut donc trouver un nouveau mode d'expression collective du féminisme", a-t-il affirmé, se défendant de vouloir créer une machine de guerre contre Ni putes ni soumises, à l'égard de laquelle il est très critique.

Enfin, il s'agira pour la Ligue de continuer à débattre de la "conciliation entre diversité culturelle et universalité des droits" . "On veut nier le multiculturalisme de la société française. Il est pourtant une réalité. Nous ne voulons pas du communautarisme mais reconnaissons l'appartenance collective des individus. Il faut refuser aussi bien l'universalisme abstrait que la concurrence identitaire", a défendu M. Dubois.

Les débats lors de ce congrès ont montré combien cette ligne était difficile à tenir. Certains ont, une nouvelle fois, déploré que la Ligue ait accepté la signature d'associations "islamistes", comme l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) ou le Collectif des musulmans français (CMF), à l'appel lancé pour la manifestation du 7 novembre 2004 "contre le racisme, l'antisémitisme et toutes les discriminations" et ont fait part de leur crainte que ne s'accroisse la division du mouvement antiraciste qui s'est exprimée ce jour-là, SOS-Racisme et la Licra ayant refusé de participer à cette manifestation.

"Quelles que soient les divergences ou les oppositions que nous entretenons avec l'UOIF et le CMF, ceux-ci ont adhéré à l'appel que nous avons lancé et aux valeurs qu'ils portent. Nul n'est légitime à les exclure sauf à les diaboliser", a défendu M. Tubiana. Son analyse a été reprise dans une résolution, Promouvoir la laïcité, combattre le racisme et l'antisémitisme, adoptée par 90 % des congressistes. "En réalité, a ajouté le président sortant, la divergence essentielle avec les organisations qui ont refusé de participer à cette initiative, c'est la volonté de créer une hiérarchie entre les victimes."

"S'il faut nommer l'antisémitisme pour ce qu'il est, pour sa spécificité, nous nous refusons à faire une hiérarchie entre les discriminations et les formes de racisme" , a souligné M. Dubois, en assurant qu'il maintiendra les contacts avec SOS-Racisme.

Laetitia Van Eeckhout

Article paru dans l'édition du Monde du 07.06.05