Décidément, la commission « Islam & laïcité », anciennement initiée par la Ligue de l’enseignement et désormais sous la houlette de la Ligue des droits de l’homme, préfère les musulmans réactionnaires aux musulmans progressistes. Cette commission est très fière d’annoncer qu’elle organise à l’UNESCO, les 18 et 19 septembre prochain, sur le thème : « Qu’est-ce que le féminisme musulman ? »

Officiellement, il s’agit de soutenir un féminisme de l’intérieur, basé sur les références musulmanes. En réalité, ce « féminisme » islamique est un féminisme fondamentaliste, destiné à combattre le féminisme dit « occidental » sous prétexte de rester fidèle à une lecture fondamentaliste du Coran. Selon les mots mêmes de son principal promoteur, Tariq Ramadan, il s’agit d’un féminisme où la femme occupe des « activités conforme à sa nature », porte le voile et ne « doit pas se libérer au détriment de la famille » (traditionnelle). L’homme est chargé de l’ « orientation du foyer », et les châtiments corporels envers les femmes sont justifiés au nom du Coran. Parmi les invités vedettes de ces deux jours, on retrouve l’une des lieutenante du prédicateur : Siham Andalouci, membre de Présence musulmane et du Collectif des Féministes pour l’égalité et de la Commission islam et laïcité. Mais aussi et surtout Nadia Yassine, la porte-parole du mouvement islamiste marocain Al-Adl wal Ihsan (Justice et Spiritualité), l’équivalent intégriste de Marine Le Pen au Maroc !

Parmi les références bibliographique de cette journée, les travaux de Asma Lamrabet, qui est effectivement l’une des auteures de référence du « féminisme islamique ».

Dans son livre, Musulmane tout simplement, préfacé par Tariq Ramadan et paru aux éditions Tawhid en 2002, elle justifie le verset 34 de la sourate 4 autorisant les hommes à battre leurs femmes si elles se montrent désobéissantes dans la mesure où « le Saint coran » oblige les femmes à se montrer soumises à des hommes croyants donc justes : « Dans ce verset, dieu s’adresse en premier lieu aux croyants.Or qui dit croyant dit un certain nombre de règles à respecter ; autrement dit le croyant est respectueux, bon et juste. En second lieu, Dieu parle des femmes « désobéissantes » et non pas des femmes en général .l’obéissance ici est certes une obéissance au mari, mais quel type de mari ? Il est évident qu’il s’agit du mari croyant, bon, qui lui même obéit à Dieu et à Ses directives. Il est donc question ici de femmes non obéissantes, non respectueuses d’une certaine morale conjugale » (p.71) Et que le « féminisme » islamique autorise donc à battre. Bel encouragement. Merci à La Ligue des droits de l’homme pour tous ses efforts en faveur de l’intégrisme antiféministe, qui avait tant besoin d’être épaulé, contrairement aux musulmans féministes et laïques à qui la Ligue tourne le dos.

Caroline Fourest

Pour en savoir plus sur le colloque : http://www.islamlaicite.org/article332.html

Pour en savoir plus sur la LDH et le « féminisme islamique », lire Frère Tariq (Grasset, 2004) et la Tentation obscurantiste (Grasset, 2006)

http://www.prochoix.org/cgi/blog/2006/09/15/844-colloque-scandaleux-a-lunesco-la-ldh-fait-la-promotion-du-feminisme-islamique-patriarcal-et-integriste