29 octobre 2006
La direction de la LDH décrète un cordon sanitaire autour de Respublica (par Evariste)
On savait que la pétition Un Cri contre le racisme et l'intégrisme
, impulsée, fin avril, par la rédactrice en chef de Prochoix, Caroline Fourest, Corinne Lepage, présidente de Cap 21, et notre collaborateur Pierre Cassen, avait provoqué des remous à la direction de la LDH. Ainsi, le 16 mai, dans la rubrique Rebonds
, les trois derniers présidents de la LDH, Henri Leclerc, Michel Tubiana et Jean-Pierre Dubois, publiaient un texte critiquant très durement l'appel du Cri, multipliant calomnies contre Respublica et amalgames contre le texte (lire le dossier dans Respublica 445, ainsi que les réponses des initiateurs et l'article de notre collaboratrice Marie Perret).
Le mardi 30 mai, contre toutes les traditions de la LDH, trois membres du comité central, Philippe LAMY, Cédric PORIN et Antoine SPIRE, contredisaient publiquement leur direction, en signant un article Construisons un vaste front antiraciste contre l'extrême droite et les extrémismes religieux
.
Ces trois responsables approuvaient ainsi l'initiative du Cri, et contredisaient les propos de leur direction.
Nous avons reçu, sans le solliciter, des mois après, le compte rendu du comité central qui a suivi, le 8 juillet. Cela ne fut pas triste, et nous constatons avec plaisir et fierté que Respublica a occupé beaucoup de temps dans les débats de ces gens là.
Dans le rôle du procureur de service, l'ineffable Michel Tubiana, grand défenseur du voile à l'école devant l'éternel, et un des meilleurs idiots utiles des islamistes. Voilà ce que dit le compte-rendu : "Michel Tubiana citant des passages d'article dans Respublica montre que cette mouvance dissimule sous son anticléricalisme et son laïcisme une véritable racisme contre les arabes et les musulmans - non sans parfois des dérapages antisémites.(...) il relève la proximité de cette mouvance avec les thèses de P. de Villiers (...) du point de vue politique, le dialogue est-il possible avec ces gens qui portent atteinte à nos principes fondamentaux et dont la fréquentation nous décrédibiliserait complètement auprès des populations concernées?"
Après un débat qui fut houleux et animé, le compte-rendu fait part de la conclusion du nouveau président : "JP Dubois note que l'accord s'est fait sur la nécessité d'un cordon sanitaire autour de Respublica qui prend en ce moment des positions inadmissibles en matière d'immigration".
Un cordon sanitaire autour de Respublica ! Comme si nous étions le Front national ! De la part de personnages qui se prosternent devant Tariq Ramadan ! Mais la direction Dubois-Tubiana se croit-elle encore à l'époque du stalinisme triomphant ? Croit-elle qu'il suffit d'insulter et de calomnier Respublica pour que les militants de la LDH, doigt sur la couture du pantalon, cessent de nous lire, et nous tournent le dos ?
Nous croyons en la raison, c'est pour cela que nous sommes laïques. Dans un contexte aussi tendu, il a fallu du courage aux membres du comité central qui se sont opposés à la ligne et aux anathèmes Tubiana-Dubois. Nous connaissons de nombreux camarades, membres de la LDH, qui sont catastrophés par leur actuelle direction, mais qui demeurent dans cette association, souvent pour des raisons locales. Il suffit de lire les noms des signataires de la pétition Redeker (dont nous croyons savoir qu'elle a suscité elle aussi des remous internes), pour constater que les laïques existent en nombre à la LDH. Ces militants ont tout notre respect, et, bien que jugés infréquentables par les diktats Dubois-Tubiana, nous continuerons à les fréquenter avec grand plaisir et à mener ensemble le vaste front antiraciste contre l'extrême droite et les extrémismes religieux, qu'appelaient de leurs voeux Philippe Lamy, Cédric Porin et Antoine Spire.
par Évariste
Article publié dans le numéro 481 Lien permanent vers cet article :
http://www.gaucherepublicaine.org/?page=article&idArticle=448
15 septembre 2006
Colloque scandaleux à l’UNESCO : la LDH fait la promotion du « féminisme islamique », patriarcal et intégriste (par C. Fourest)
Décidément, la commission « Islam & laïcité », anciennement initiée par la Ligue de l’enseignement et désormais sous la houlette de la Ligue des droits de l’homme, préfère les musulmans réactionnaires aux musulmans progressistes. Cette commission est très fière d’annoncer qu’elle organise à l’UNESCO, les 18 et 19 septembre prochain, sur le thème : « Qu’est-ce que le féminisme musulman ? »
Officiellement, il s’agit de soutenir un féminisme de l’intérieur, basé sur les références musulmanes. En réalité, ce « féminisme » islamique est un féminisme fondamentaliste, destiné à combattre le féminisme dit « occidental » sous prétexte de rester fidèle à une lecture fondamentaliste du Coran. Selon les mots mêmes de son principal promoteur, Tariq Ramadan, il s’agit d’un féminisme où la femme occupe des « activités conforme à sa nature », porte le voile et ne « doit pas se libérer au détriment de la famille » (traditionnelle). L’homme est chargé de l’ « orientation du foyer », et les châtiments corporels envers les femmes sont justifiés au nom du Coran. Parmi les invités vedettes de ces deux jours, on retrouve l’une des lieutenante du prédicateur : Siham Andalouci, membre de Présence musulmane et du Collectif des Féministes pour l’égalité et de la Commission islam et laïcité. Mais aussi et surtout Nadia Yassine, la porte-parole du mouvement islamiste marocain Al-Adl wal Ihsan (Justice et Spiritualité), l’équivalent intégriste de Marine Le Pen au Maroc !
Parmi les références bibliographique de cette journée, les travaux de Asma Lamrabet, qui est effectivement l’une des auteures de référence du « féminisme islamique ».
Dans son livre, Musulmane tout simplement, préfacé par Tariq Ramadan et paru aux éditions Tawhid en 2002, elle justifie le verset 34 de la sourate 4 autorisant les hommes à battre leurs femmes si elles se montrent désobéissantes dans la mesure où « le Saint coran » oblige les femmes à se montrer soumises à des hommes croyants donc justes : « Dans ce verset, dieu s’adresse en premier lieu aux croyants.Or qui dit croyant dit un certain nombre de règles à respecter ; autrement dit le croyant est respectueux, bon et juste. En second lieu, Dieu parle des femmes « désobéissantes » et non pas des femmes en général .l’obéissance ici est certes une obéissance au mari, mais quel type de mari ? Il est évident qu’il s’agit du mari croyant, bon, qui lui même obéit à Dieu et à Ses directives. Il est donc question ici de femmes non obéissantes, non respectueuses d’une certaine morale conjugale » (p.71) Et que le « féminisme » islamique autorise donc à battre. Bel encouragement. Merci à La Ligue des droits de l’homme pour tous ses efforts en faveur de l’intégrisme antiféministe, qui avait tant besoin d’être épaulé, contrairement aux musulmans féministes et laïques à qui la Ligue tourne le dos.
Caroline Fourest
Pour en savoir plus sur le colloque : http://www.islamlaicite.org/article332.html
Pour en savoir plus sur la LDH et le « féminisme islamique », lire Frère Tariq (Grasset, 2004) et la Tentation obscurantiste (Grasset, 2006)
04 mai 2006
Hani Ramadan, Christine Boutin, Vincent Geisser, l’UMP et l’UOIF bras dessus bras dessous ! (par Jeanne Bourdillon)
Du 5 au 8 mai, l’UOIF organise son grand rassemblement annuel au parc des expositions du Bourget. C’est l’événement de l’année pour la branche française des Frères Musulmans. Souvenez-vous, Sarkozy en avait été la vedette en 2003. Il s’était fait applaudir durant toute son allocution jusqu’à qu’il demande aux musulmanes d’enlever leur voile sur les photos d’identité. A partir de là ce fut une véritable bronca dans la salle, organisée par la direction de l’UOIF. Voilées et barbus, bien sûr séparés par une allée salvatrice, se mirent de concert pour conspuer l’orateur qui n’était soudain plus un ami. Ils montrèrent alors aux citoyens de ce pays ce qu’était leur conception de la laïcité, et comment ils entendaient que la République s’adapte à l’islam.
L’année suivante, ce fut Noël Mamère qui paradait aux côtés de Saïda Kada, leader voilée des musulmanes de la région lyonnaise, et vedette du film « Un racisme à peine voilé ». Il n’hésitait pas à témoigner son soutien au droit à porter le voile à l’école, et à caractériser la loi du 15 mars comme une loi raciste. Succès assuré, l’idiot utile fut ovationné par la salle.
Cette année verra deux nouveaux invités, et pas n’importe lesquels : Christine Boutin et Hani Ramadan ! Hani Ramadan, celui qui défend la lapidation pour les femmes et explique que les Européens qui s’y opposent ont un regard occidental sur cette pratique. Son frère Tariq est un progressiste, à côté, puisque lui réclame seulement un moratoire sur cette pratique barbare et sexiste.
Le même Hani Ramadan raconte que le sida est la punition d’Allah infligée aux homosexuels. Il devrait s’entendre comme larrons en foire avec Christine Boutin, agent du Vatican en France, qui, entre autre florilège, déclara : « Toutes les civilisations qui ont reconnue et justifié l’homosexualité comme un mode de vie normal ont connu la décadence », et « Qu’est-ce que l’homosexualité, sinon l’impossibilité d’un être à atteindre l’autre dans sa différence sexuelle… ? ». Bien sûr, il y aura l’Indigène de la République (islamiste) de service, avec l’inévitable Vincent Geisser, qui, bien évidemment évoquera les caricatures islamophobes du Prophète, preuve que la France est devenue un pays raciste, partition qui lui vaudra les applaudissements nourris des barbus et des voilées de la salle.
Autres invités, Olivier Roy, encore un chercheur du CNRS qui expliquera que la laïcité doit s’adapter à la nouvelle donne de la religion musulmane.
Le curé et le pasteur de service, Michel Lelong et Marcel Manoel, complèteront le plateau, ainsi que des maires UMP. Il ne manque, pour compléter le tableau, que les deux députés UMP, les duettistes Roubaud-Raoult, qui, pour avoir déposé une loi contre le blasphème au Parlement, à la demande de l’Union des Associations Musulmanes (UAM) du 93, auraient eu droit à une standing ovation. La présence du prêcheur antisémite Hassan Iquioussen ne dérangera manifestement aucun des ces honorables invités de l’UOIF unis, de la catholique intégriste Boutin au fondamentaliste Hani Ramadan, en passant par l’islamogauchiste Geisser, par la haine de la République et de la laïcité.
Mais toute la gauche n’avait-elle pas accepté, en novembre 2004, de manifester contre le racisme, à l’appel du Mrap et de la LDH, avec l’UOIF ?
Jeanne Bourdillon
Source : ReSPUBLICA édité par l'association: "Les Amis de ReSPUBLICA" 27 rue de la Réunion 75020 PARIS
Courriel: respublica@gaucherepublicaine.org Site: http://www.gaucherepublicaine.org
08 juin 2005
L'orientation problématique confirmée (par Caroline Fourest / Prochoix)
L’élection de Jean-Pierre Dubois au poste de président de la La ligue des droits de l’homme est tout sauf une rupture avec la ligne problématique de l’association. Lui qui prétend vouloir donné des leçons aux féministes, en particulier à Ni putes ni soumises, combat la seule conception de la laïcité capable de faire barrage à l'antiféminisme des religieux...
Vice-président de la LDH depuis plusieurs années, Jean-Pierre Dubois fait partie des militants favorables à une « laïcité ouverte », entendez plus ouverte au religieux et surtout à l’islam façon Tariq Ramadan.
Il a notamment écrit un texte, « La laïcité au défi du pluralisme culturel » où il plaide pour une adaptation de la laïcité en fonction des nouvelles demandes communautaires portées par l’islam, et en creux pour l’acceptation du voile à l’école : « être laïque aujourd’hui, c’est d’abord lutter contre les atteintes à la liberté de conscience — et en particulier à la liberté religieuse — et à l’égalité dans l’exercice de cette liberté. »
Ce texte est paru dans Hommes et libertés n°113/114 en juin 2001. Il s’agit des actes d’un colloque de la 6e université d’automne de la Ligue à Paris organisée le 19 novembre 2000. Parmi les intervenants phares : un certain Tariq Ramadan.
Le ton de ce colloque était donné par le carton d’invitation, qui parle d’interroger le « principe de séparation radicale » que représente la laïcité. Mais la présence de philosophes laïques convaincus, comme Henri Pena-Ruiz, peut donner le sentiment d’un certain équilibre. Il n’en est rien. L’ambiance se refroidit lorsque Henri Pena-Ruiz, qui a étudié tous les grands penseurs ayant plaidé pour une conception philosophique rationnelle, fait l’éloge d’Averroès. Ce jour-là, Tariq Ramadan s’énerve et se dévoile : « Je vous interdis de parler de MA culture ! » Cette sortie et surtout sa violence jettent un froid. Henri Pena-Ruiz, qui n’a jamais compris la culture autrement que comme un savoir universel, lui répond d’un air étonné : « Mais monsieur, que veut dire cette conception possessive de la culture. La culture appartient à tout le monde. Moi, je vous offre Voltaire et Rousseau, ce n’est pas MA culture, c’est LA culture ! » La salle applaudit à tout rompre. A la tribune, en revanche, Michel Tubiana et Driss el-Yazami font les gros yeux à Henri Pena-Ruiz. Tubiana le prie même fermement de s’abstenir d’intervenir durant la suite du débat.
Les actes du colloque parus Hommes et libertés dans sont à cette image. Dans son texte, Tariq Ramadan interdit à quiconque d’obliger les musulmans à vouloir intégrer le modèle laïque universel. Ce qu’il présente comme « un relent de colonialisme ». Le moins qu’on puisse dire, c’est que la comble son souhait. Toujours dans ce colloque de la Ligue et dans ce dossier, Halima Bouali, doctorante, n’est pas loin de comparer l’universalisme à un processus d’assimilation. Serge Jakobowicz annonce le principe de séparation du religieux et du politique comme étant une caractéristique des « sociétés dites développées », tout en faisant bizarrement le lien avec le fait que « nous devons résister à l’uniformisation anglo-saxonne portée par la domination des Etats-Unis »... en adoptant une laïcité à l’américaine ? En tout cas, Jean-Paul Willaime, directeur adjoint du Groupe de sociologie des religions et de la laïcité à l’EPHE (Ecole pratique des hautes études), s’abrite derrière des citations pour montrer que le contexte se prête à une évolution vers un modèle de laïcité pluraliste, autrement dit à l’américaine, « entre républicanisme crispé et multiculturalisme débridé ». Enfin, Michel Tubiana conclut sur un mode ramadien : il se veut rassurant en expliquant que personne ne songe à modifier la loi de 1905 mais propose tout de même de revoir son interprétation : « On peut légitimement s’interroger sur la pertinence de la division de la sphère publique et de la sphère privée. »
Précisons tout de même que la Ligue et sa fédération n’ont pas attendu Tariq Ramadan pour tenir des positions plus qu’ambiguës sur ce dossier. Depuis des années, certains avocats de la Ligue considèrent le respect des droits de l’homme des islamistes au Maghreb comme une priorité devant justifier tous les compromis, même avec des fascistes ou des assassins du moment qu’ils étaient emprisonnés ou opposants au régime. En Algérie, la LDH a été l’une des premières organisations infiltrée par les islamistes, au point de prendre systématiquement et sans mesure aucune en faveur des islamistes.
En France, elle se contente d’animer une commission Islam & laïcité servant de cheval de Troie aux concepts anti-laïques en permettant la collaboration entre quelques ligueurs et les élèves de Ramadan. Parmi lesquels Farid Abdelkrim, auteur de Maudite soit la France ? !, un livre dans lequel il rend hommage à Hassan al-Banna (le fondateur des Frères musulmans) et Thierry Meyssan… Pour son livre L’Effroyable Imposture.
Depuis les débuts de cette commission en 1997 (alors hébergée par la Ligue de l’enseignement), les anecdotes s’accumulent relatant des situations où l’équipe dirigeante de la LDH n’est décidément pas à la hauteur de cette institution. Elle qui était jadis un recours pour les humanistes, on la trouve désormais du côté des obscurantistes contre les partisans de la laïcité. Qu’un imam soit inquiété parce qu’il appelle à la guerre sainte et la voilà qui prend sa défense. Lorsque l’imam de Clamart, Salem Chaftar, se retrouve au cœur d’une polémique pour avoir appelé au jihad, Philippe Antzenberg, militant LDH, monte aussitôt au créneau dans la presse pour le défendre : « Je le connais assez bien, et je pense que c’est un imam traditionaliste à l’ancienne, mais en aucun cas un intégriste de combat », déclare-t-il dans Libération.
Jadis bastion des enseignants laïques, l’association flirte avec Une école pour tous et soutient systématiquement les filles souhaitant porter le foulard islamique à l’école, quitte à se battre contre les enseignants désireux de protéger l’école des influences religieuses. Les militants du Comité ornais pour la laïcité, parmi les premiers à s’être mobilisés contre le voile à l’école, en savent quelque chose. Ils n’ont toujours pas digéré la lettre de dénonciation et de menace qu’ils ont subie de la part de la LDH. En 2001, pendant des semaines, ils ont bataillé contre un parent d’élève, Mme Bayrak, qui incitait sa fille à venir voilée en classe et qui a profité d’une carence administrative pour se faire élire déléguée des parents d’élèves. Inquiets de ses positions et de sa prise d’influence, les professeurs ont tenté d’alerter autour d’eux, notamment la LDH, mais sans succès. En revanche, à la demande de Mme Bayrak, la Ligue a écrit une lettre d’intimidation dans laquelle elle met en garde le proviseur du lycée contre la tentation d’interdire le port du voile au nom du règlement intérieur. Elle menace aussi de porter plainte pour racisme contre les enseignants en question !
Que la Ligue des droits de l’homme ne partage pas l’inquiétude de ces professeurs, on peut le comprendre, mais de là à envoyer une lettre les accusant d’être racistes auprès de leur employeur, sans même les avoir appelés ou tenté de discuter avec eux, beaucoup de ces professeurs – jadis proches de la LDH et militants de la FSU – ne l’ont toujours pas digéré.
Un militant proche du Planning familial de Montpellier se souviendra également longtemps de la conférence donnée par Michel Tubiana sur la laïcité en février 2003. Au départ, les participants n’étaient que 30, principalement des sympathisants de la LDH, laïques. Au milieu de la conférence, le recteur de la Mosquée des Beaux-Arts est entré, suivi de deux femmes voilées. Puis, toutes les vingt minutes, des groupes de deux ou trois filles voilées, parfois accompagnées d’un homme, ont fait de même. A la fin de la conférence, les militants islamistes étaient plus nombreux que les participants du début. Debout près de la tribune, un homme écrivait les questions que les femmes voilées devaient poser puis leur tendait le papier : « Tiens ma sœur, tu poseras cette question. » Beaucoup de précautions pour pas grand-chose car l’orateur, Michel Tubiana, a lui-même défendu l’idée que la loi contre les signes religieux ostensibles à l’école publique servait à défendre des positions racistes. Au point qu’un militant laïque d’origine marocaine s’est senti obligé de réagir : « Monsieur Tubiana, je vous trouve plutôt pessimiste. Il y a du racisme d’accord mais la laïcité française, moi, me convient plutôt. En tout cas, je suis plus heureux de vivre dans un pays laïque comme la France qu’au Maroc. » Une parole qui lui a aussitôt valu une réponse assassine de Tubiana, tandis que les militants islamistes le huaient et le montraient du doigt : « Islamophobe ! Islamophobe ! »
Les tensions entre la direction de la Ligue et sa base sont de plus en plus fréquentes. Le changement de président aurait pu être l’occasion de faire entendre leur voix. Malheureusement, comme au MRAP, la ligne parisienne problématique vient d’être réaffirmée.
Caroline Fourest, auteure de Frère Tariq (Grasset)
http://www.prochoix.org/cgi/blog/2005/06/08/310-lorientation-problematique-de-la-ldf-confirmee
07 juin 2005
Déclaration d'intention du nouveau président Jean-Pierre Dubois
Il nous a semblé important de reproduire cet article du journal le Monde qui annonce l'arrivée de Jean-Pierre Dubois à la tête de la LDH. Ses premieres déclarations seront sans doute l'occasion de protestations. De nombreux militants ont déjà quitté la LDH, l'exode ne devrait pas se tarir.
Le nouveau président de la Ligue des droits de l'homme dénonce la "surdité" du gouvernement
Après cinq années intenses et "riches" , passées à la tête de la Ligue des droits de l'homme (LDH), Michel Tubiana, "fatigué", passe le relais. Elu à l'occasion du 83e congrès de l'association qui se tenait à Lille, du vendredi 3 au dimanche 5 juin, Jean-Pierre Dubois lui succède.
M. Dubois, 53 ans, n'est pas avocat, comme son prédécesseur. Mais il fait partie de la longue lignée des juristes ayant accédé à la présidence de la Ligue. Professeur de droit constitutionnel à l'université Paris-XI, à Sceaux (Hauts-de-Seine), il a adhéré en 1985, avant d'accéder à la vice-présidence de l'association en 1998.
Sept jours après le rejet du traité constitutionnel européen, M. Dubois, qui ne cache pas avoir voté non, s'est inquiété, dans son discours d'investiture, dimanche, de la "crise sociale" qui est, selon lui, "très grave" . "Les Français ont peur du présent et de l'avenir, a-t-il poursuivi. La classe dirigeante, le gouvernement ne semblent pas en prendre la mesure. Leur surdité est franchement inquiétante."
"RÉGRESSION SEXISTE"
M. Dubois entend donc faire de la lutte pour les droits sociaux un des axes prioritaires de travail pour la Ligue. "Face aux inégalités, à la précarité, il faut construire un nouveau code du travail garantissant à tous des droits minimums. Et là, la Ligue a toute légitimité à intervenir auprès des syndicats", a-t-il expliqué.
Le deuxième axe de travail de M. Dubois sera la défense du droit des femmes, "parce que -celles-ci- n'ont plus la notion du combat collectif d'il y a trente ans" . "Le combat pour l'égalité n'est pas encore gagné. La société est aujourd'hui guettée par une certaine régression sexiste. Il faut donc trouver un nouveau mode d'expression collective du féminisme", a-t-il affirmé, se défendant de vouloir créer une machine de guerre contre Ni putes ni soumises, à l'égard de laquelle il est très critique.
Enfin, il s'agira pour la Ligue de continuer à débattre de la "conciliation entre diversité culturelle et universalité des droits" . "On veut nier le multiculturalisme de la société française. Il est pourtant une réalité. Nous ne voulons pas du communautarisme mais reconnaissons l'appartenance collective des individus. Il faut refuser aussi bien l'universalisme abstrait que la concurrence identitaire", a défendu M. Dubois.
Les débats lors de ce congrès ont montré combien cette ligne était difficile à tenir. Certains ont, une nouvelle fois, déploré que la Ligue ait accepté la signature d'associations "islamistes", comme l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) ou le Collectif des musulmans français (CMF), à l'appel lancé pour la manifestation du 7 novembre 2004 "contre le racisme, l'antisémitisme et toutes les discriminations" et ont fait part de leur crainte que ne s'accroisse la division du mouvement antiraciste qui s'est exprimée ce jour-là, SOS-Racisme et la Licra ayant refusé de participer à cette manifestation.
"Quelles que soient les divergences ou les oppositions que nous entretenons avec l'UOIF et le CMF, ceux-ci ont adhéré à l'appel que nous avons lancé et aux valeurs qu'ils portent. Nul n'est légitime à les exclure sauf à les diaboliser", a défendu M. Tubiana. Son analyse a été reprise dans une résolution, Promouvoir la laïcité, combattre le racisme et l'antisémitisme, adoptée par 90 % des congressistes. "En réalité, a ajouté le président sortant, la divergence essentielle avec les organisations qui ont refusé de participer à cette initiative, c'est la volonté de créer une hiérarchie entre les victimes."
"S'il faut nommer l'antisémitisme pour ce qu'il est, pour sa spécificité, nous nous refusons à faire une hiérarchie entre les discriminations et les formes de racisme" , a souligné M. Dubois, en assurant qu'il maintiendra les contacts avec SOS-Racisme.
Laetitia Van Eeckhout
Article paru dans l'édition du Monde du 07.06.05
27 janvier 2005
Tariq Ramadan et la Ligue des droits de l'homme (par Caroline Fourest / Prochoix)
EXTRAIT DE FRERE TARIQ de Caroline Fourest (Grasset, Paris 2004)
Depuis la Commission "Islam & laïcité" mise en place par la Ligue de l'enseignement et récupérée par la Ligue des droits de l'homme, les représentants de l’islamisme des Frères musulmans sont désormais très bien introduits auprès des cadres de la Ligue des droits de l’homme. Aujourd’hui encore, malgré la polémique et les enquêtes parues sur Tariq Ramadan, ses instances dirigeantes continuent de lui faire confiance. A commencer par Michel Tubiana, Serge Jakobowicz et Driss el-Yazami.
Michel Tubiana et Serge Jakobowicz ont un peu le même profil : des militants de gauche, proches du PS, pétris de bons sentiments anti-coloniaux. Le cas de Driss el-Yazami est un peu différent. Vice-président de la FIDH depuis près de quatorze ans, ce militant d’origine marocaine a subi l’emprisonnement sous Hassan II. Une épreuve qui marque. Et qui contribue sans doute à lui faire penser que l’islamisme sera toujours moins grave que les gouvernements liberticides du Maghreb. Sous sa houlette, la FIDH se bat depuis des années pour faire dissoudre la 14e section antiterroriste de Paris du juge Bruguière, qu’elle dénonce comme « une machine à fabriquer des “ coupables ” musulmans en faisant peser sur eux une présomption de terrorisme » ! A noter, il ne s’agit pas de dénoncer certaines bavures mais d’accuser la lutte contre le terrorisme dans son ensemble d’être une immense chasse au faciès... Des propos édités après le 11 septembre.
Cette approche, où les islamistes sont toujours envisagés du côté des victimes et non des bourreaux, se retrouve plus généralement dans les prises de position de la LDH et la FIDH. La Ligue et sa fédération n’ont pas attendu Tariq Ramadan pour tenir des positions plus qu’ambiguës sur ce dossier. La LDH algérienne a été l’une des toutes premières associations de gauche infiltrée par des islamistes... Les démocrates ne l’ont découvert que bien plus tard. Aujourd’hui encore, Hani Ramadan rend régulièrement hommage à cette organisation présidée par l’avocat Ali-Yahyia Abdennour, de même qu’il ne cesse de vanter le courage de militants français de la FIDH. Il est vrai que l’organisation est montée au créneau pour dénoncer la torture dans les prisons algériennes, quitte à se prendre de sympathie pour ses victimes, très souvent des islamistes. Depuis des années, certains avocats de la Ligue considèrent le respect des droits de l’homme des islamistes au Maghreb comme une priorité devant justifier tous les compromis, même avec des fascistes ou des assassins. Ce qui serait moins choquant si la FIDH était capable de la même fermeté vis-à-vis des gouvernements arabes dans d’autres dossiers, où il ne s’agit plus de prendre la défense des islamistes mais des homosexuels. Cette fois tout est différent, et la résistance à la violation des droits de l’homme par l’Etat n’est plus si prioritaire. Ainsi, en 2001, lorsque 52 homosexuels sont arrêtés pour l’exemple par le gouvernement égyptien, alors en pleines tractations avec les islamistes, la FIDH hésite à réagir. Le représentant de la Ligue des droits de l’homme-Egypte s’est même rangé à l’avis du gouvernement : « On ne peut approuver les pratiques extrémistes et anormales », a-t-il déclaré pour expliquer que son organisation ne soutiendrait en aucun cas les prisonniers. A cette même époque, la LDH-Paris faisait partie d’un Collectif interrassociatif luttant contre l’homophobie où je militais. Nous avons voulu collectivement dénoncer cette attitude mais Michel Tubiana a refusé de se joindre à notre protestation et la Ligue a quitté le Collectif. Il faudra attendre des mois avant que la FIDH se décide à mener réellement campagne contre cette violation des droits de l’homme. Entre-temps le 11 septembre a changé le ton du procès. Les détenus se sont plus seulement accusés de « perversité » mais aussi d’islamisme...
J’ai cherché à joindre Michel Tubiana pour qu’il s’exprime sur la position de la Ligue vis-à-vis de Ramadan mais il n’a pas souhaité me répondre. En revanche, j’ai pu joindre Gilles Couvreur, un des participants à la Commission islam et laïcité. Non sans fierté, il prétend que la Commission a considérablement fait évoluer Ramadan : « Sa conception de la laïcité et de l’Europe s’est beaucoup affinée depuis dix ans, depuis qu’il est à notre contact. » L’essentiel, comme on dit, c’est d’avoir la foi. Il est vrai que Ramadan a tout fait pour les convaincre d’une telle mystification. Dans Hommes et libertés, le magazine de la LDH, il met en garde tous ceux qui l’accuseraient d’entrisme et prétend lui-même avoir évolué au contact de la Commission : « Suite aux débats, au dialogue et au travail fait avec la Ligue française de l’enseignement, j’ai fini par penser avec d’autres responsables d’associations musulmanes, que cette loi celle de 1905 ne pose pas problème aux musulmans ni dans sa lettre ni dans son esprit mais que le seul problème est celui de son application. » Belle évolution... Ainsi Ramadan n’a jamais renoncé à torpiller la laïcité à la française. Il a simplement compris qu’il serait plus efficace de l’intérieur, en s’alliant avec des associations laïques prêtes à mener ce combat avec lui, non pas frontalement mais en prétendant vouloir simplement changer ses modalités d’application. La seule lecture du dernier ouvrage de Tariq Ramadan, Les musulmans d’Occident et l’avenir de l’islam, suffit à s’en convaincre. On y retrouve mot pour mot la conception de l’islam et de la laïcité qu’il avait en 1994, avant la Commission. Il persiste et signe : ce n’est pas l’islam qui doit s’adapter à la laïcité, mais bien le contraire. On retrouve également intacte sa haine pour les musulmans libéraux et laïques !
Comment pourrait-il en être autrement ? Ramadan ne conçoit jamais ses collaborations comme un échange mais comme une stratégie, où il s’agit de rester « étanche » tout en faisant évoluer ses interlocuteurs vers plus d’islam. Un dicton qu’il suit à la lettre, et qu’il enseigne à ses partisans. Avec succès. Ainsi Farid Abdelkrim a beau avoir participé à la Commission islam et laïcité, il ne s’est pas le moins du monde adouci, comme en témoigne son livre Na’al bou la France ? !, paru en 2002. Il faut être bien naïf pour croire que le dialogue avec des non-musulmans puisse subitement donner le goût de la laïcité à des islamistes adulant Banna ou Mawdudi. Rappelons qu’en 1998, au moment même où Ramadan laissait ses amis de la Commission Islam et laïcité se bercer d’illusions à son sujet, il était en formation continue chez des islamistes pakistanais de l’Islamic Foundation, où il étudiait Mawdudi et Qotb ! J’ai rappelé cette anecdote lors d’un séminaire de la FSU auquel participaient plusieurs membres de la Commission islam et laïcité de la LDH. Le modérateur m’a aussitôt coupée : « Vous citez des noms que personne ne connaît, tout cela ne veut pas dire grand-chose. » A cette même réunion, Marina Da Silva, une journaliste du Monde diplomatique en charge du site Islam et laïcité, est sortie de ses gonds parce que j’avais osé critiquer le fanatisme des Frères musulmans. Ramadan n’a pas changé d’un iota depuis qu’il fréquente la gauche laïque mais la gauche laïque, elle, a bien changé depuis que l’ambassadeur européen des Frères musulmans y est introduit...
Les anecdotes s’accumulent relatant des situations où l’équipe dirigeante de la LDH n’est décidément pas à la hauteur de cette institution. Le 19 novembre 2000, lors de la 6e université d’automne de la Ligue à Paris, la LDH organise un débat sur la laïcité où Ramadan tient, comme toujours désormais, le haut du pavé. Le ton est donné par le carton d’invitation, qui parle d’interroger le « principe de séparation radicale » que représente la laïcité. Mais la présence de philosophes laïques convaincus, comme Henri Pena-Ruiz, peut donner le sentiment d’un certain équilibre. Il n’en est rien. L’ambiance se refroidit lorsque Henri Pena-Ruiz, qui a étudié tous les grands penseurs ayant plaidé pour une conception philosophique rationnelle, fait l’éloge d’Averroès. Ce jour-là, Tariq Ramadan s’énerve et se dévoile : « Je vous interdis de parler de MA culture ! » Cette sortie et surtout sa violence jettent un froid. Henri Pena-Ruiz, qui n’a jamais compris la culture autrement que comme un savoir universel, lui répond d’un air étonné : « Mais monsieur, que veut dire cette conception possessive de la culture. La culture appartient à tout le monde. Moi, je vous offre Voltaire et Rousseau, ce n’est pas MA culture, c’est LA culture ! » La salle applaudit à tout rompre. A la tribune, en revanche, Michel Tubiana et Driss el-Yazami font les gros yeux à Henri Pena-Ruiz. Tubiana le prie même fermement de s’abstenir d’intervenir durant la suite du débat. Quant à Driss el-Yazami, il caricature la position de Pena-Ruiz sur la laïcité pour mieux la combattre et donner le mot de la fin à Tariq Ramadan. Tout en affirmant que « nul n’entend remettre en cause la séparation des Eglises et de l’Etat », Michel Tubiana conclut au fait que la laïcité doit cesser d’obliger les croyants à dissocier leurs convictions privées et publiques, sous l’œil atterré des gens présents dans la salle, majoritairement attachés au principe d’une laïcité séparative. Emilie Beaux et Marie-Claude Carré, deux militantes, font partie de ceux-là. Elles étaient venues dans l’idée d’adhérer à la LDH mais elles ont finalement changé d’avis en voyant la tournure prise par le débat.
Les tensions entre la direction de la Ligue et sa base sont de plus en plus fréquentes depuis que Ramadan est proche de ses cadres. Pendant les journées d’Automne 2000, des ligueurs de la fédération du Rhône-Alpes ont dû faire circuler un tract pour réaffirmer leur attachement à la séparation du politique et du religieux : « La laïcité n’est pas, comme le proclament ses adversaires, une condamnation de la religion en tant que telle. Elle est la garantie que chacun puisse, au-delà de ses croyances, vivre dans un cadre commun. » La fédération est bien placée pour connaître le vrai visage et surtout l’impact de Ramadan sur Lyon. Mais comme pour la Ligue de l’enseignement, ses avertissements sont ignorés par Paris. La Ligue des droits de l’homme nationale et la FIDH sont désormais très clairement engagées aux côtés de Tariq Ramadan pour obtenir l’aménagement de la loi de 1905. Le dossier d’Hommes et libertés sur la laïcité en atteste 16. Comme toutes les tables rondes organisées par la LDH-Paris à propos de la laïcité depuis quelques années, ce dossier ressemble fort à un plaidoyer pour adapter la laïcité aux revendications portées par l’islam, malgré la présence d’Henri Pena-Ruiz ou de Michelle Perrot. Tariq Ramadan se contente d’une contribution où il interdit à quiconque d’obliger les musulmans à vouloir intégrer le modèle laïque universel. Ce qu’il présente comme « un relent de colonialisme ». Voilà qui clôt de façon définitive toute possibilité de faire évoluer l’islam en vue d’une acceptation de la laïcité. Il ne reste plus qu’à laisser les membres laïques de la LDH proposer le contraire – à savoir adapter la laïcité à l’islam – pour rentabiliser sa collaboration avec la gauche laïque. Et les membres de la LDH ne se font pas prier. Madeleine Rebérioux ouvre le bal par une présentation sobre de la genèse de la laïcité, qui conclut toutefois au fait que tout peut encore évoluer. Serge Jakobowicz annonce le principe de séparation du religieux et du politique comme étant une caractéristique des « sociétés dites développées », tout en faisant bizarrement le lien avec le fait que « nous devons résister à l’uniformisation anglo-saxonne portée par la domination des Etats-Unis »... en adoptant une laïcité à l’américaine ? Halima Bouali, doctorante, n’est pas loin de comparer l’universalisme à un processus d’assimilation. Jean-Pierre Dubois, professeur de droit et vice-président de la FIDH, qualifie de « laïcisme » la volonté de rester strictement fidèle à une lecture séparative de la loi de 1905. Jean-Paul Willaime, directeur adjoint du Groupe de sociologie des religions et de la laïcité à l’EPHE (Ecole pratique des hautes études), s’abrite derrière des citations pour montrer que le contexte se prête à une évolution vers un modèle de laïcité pluraliste, autrement dit à l’américaine, « entre républicanisme crispé et multiculturalisme débridé ». Enfin, Michel Tubiana conclut sur un mode ramadien : il se veut rassurant en expliquant que personne ne songe à modifier la loi de 1905 mais propose tout de même de revoir son interprétation : « On peut légitimement s’interroger sur la pertinence de la division de la sphère publique et de la sphère privée. »
Voilà bien l’impact de Tariq Ramadan sur la Ligue des droits de l’homme. Elle qui était jadis un recours pour les humanistes, on la trouve désormais du côté des obscurantistes contre les partisans de la laïcité. Qu’un imam soit inquiété parce qu’il appelle à la guerre sainte et la voilà qui prend sa défense. Lorsque l’imam de Clamart, Salem Chaftar, est inquiété pour avoir rappelé aux musulmans qu’ils doivent faire leur pèlerinage à La Mecque sous peine de mourir comme des juifs et des chrétiens et avoir appelé au jihad, Philippe Antzenberg, militant LDH, monte aussitôt au créneau dans la presse pour le défendre : « Je le connais assez bien, et je pense que c’est un imam traditionaliste à l’ancienne, mais en aucun cas un intégriste de combat », déclare-t-il dans Libération. Jadis bastion des enseignants laïques, l’association soutient également systématiquement les filles souhaitant porter le foulard islamique à l’école, quitte à se battre contre les enseignants désireux de protéger l’école des influences religieuses. Les militants du Comité ornais pour la laïcité, parmi les premiers à s’être mobilisés contre le voile à l’école, en savent quelque chose. Ils n’ont toujours pas digéré la lettre de dénonciation et de menace qu’ils ont subie de la part de la LDH. En 2001, pendant des semaines, ils ont bataillé contre un parent d’élève, Mme Bayrak, qui incitait sa fille à venir voilée en classe et qui a profité d’une carence administrative pour se faire élire déléguée des parents d’élèves. Inquiets de ses positions et de sa prise d’influence, les professeurs ont tenté d’alerter autour d’eux, notamment la LDH, mais sans succès. En revanche, à la demande de Mme Bayrak, la Ligue a écrit une lettre d’intimidation dans laquelle elle met en garde le proviseur du lycée contre la tentation d’interdire le port du voile au nom du règlement intérieur. Elle menace aussi de porter plainte pour racisme contre les enseignants en question !
Que la Ligue des droits de l’homme ne partage pas l’inquiétude de ces professeurs, on peut le comprendre, mais de là à envoyer une lettre les accusant d’être racistes auprès de leur employeur, sans même les avoir appelés ou tenté de discuter avec eux, beaucoup de ces professeurs – jadis proches de la LDH – ne l’ont toujours pas compris. Car en fait de « racistes », les enseignants en question sont des militants de la FSU, engagés dans des associations de gauche. Les mêmes se souviennent du jour de février 2004 où Pierre Tournemire est venu expliquer à l’IUFM de Caen que l’interdiction du voile à l’école était un signe de discrimination. Lorsqu’ils ont voulu exprimer leur colère face à une telle caricature de la laïcité, Tournemire les a traités d’enseignants sectaires et staliniens dont « l’attitude rappelle la Corée du Nord » ! Il est vrai que la Ligue des droits de l’homme et la Ligue de l’enseignement ont bien du mal à faire la différence entre « laïcité » et « racisme » depuis que Tariq Ramadan est leur allié...
Un militant proche du Planning familial de Montpellier se souviendra également longtemps de la conférence donnée par Michel Tubiana sur la laïcité en février 2003. Au départ, les participants n’étaient que 30, principalement des sympathisants de la LDH, laïques. Au milieu de la conférence, le recteur de la Mosquée des Beaux-Arts est entré, suivi de deux femmes voilées. Puis, toutes les vingt minutes, des groupes de deux ou trois filles voilées, parfois accompagnées d’un homme, ont fait de même. A la fin de la conférence, les militants islamistes étaient plus nombreux que les participants du début. Debout près de la tribune, un homme écrivait les questions que les femmes voilées devaient poser puis leur tendait le papier : « Tiens ma sœur, tu poseras cette question. » Beaucoup de précautions pour pas grand-chose car l’orateur, Michel Tubiana, a lui-même défendu l’idée que la loi contre les signes religieux ostensibles à l’école publique servait à défendre des positions racistes. Au point qu’un militant laïque d’origine marocaine s’est senti obligé de réagir : « Monsieur Tubiana, je vous trouve plutôt pessimiste. Il y a du racisme d’accord mais la laïcité française, moi, me convient plutôt. En tout cas, je suis plus heureux de vivre dans un pays laïque comme la France qu’au Maroc. » Une parole qui lui a aussitôt valu une réponse assassine de Tubiana, tandis que les militants islamistes le huaient et le montraient du doigt : « Islamophobe ! Islamophobe ! » Ce type de scènes, vécues mille fois depuis quelques années, est le cadeau le plus empoisonné que Tariq Ramadan ait fait à la gauche.
Copyright Caroline Fourest (Frère Tariq, Grasset, Paris 2004) Toutes les références sont à la disposition du lecteur en note dans le livre qui analyse nettement plus longuement et en détail l'ensemble des écrits et discours de Tariq Ramadan.
http://www.prochoix.org/cgi/blog/2005/01/27/283-tariq-ramadan-et-la-ligue-des-droits-de-lhomme